French fiction -- 19th century; Short stories, French
Après une longue attente vint le grand jour de vengeance et de
liberté. Les conjurés, liés entre eux par un serment solennel, avaient
arrêté leur plan après une mûre délibération. Les plus déterminés,
ayant Tamango à leur tête, lorsqu'ils monteraient à leur tour sur le
pont, devaient s'emparer des armes de leurs gardiens; quelques autres
iraient à la chambre du capitaine pour y prendre les fusils qui s'y
trouvaient. Ceux qui seraient parvenus à limer leurs fers devaient
commencer l'attaque; mais, malgré le travail opiniâtre de plusieurs
nuits, le plus grand nombre des esclaves était encore incapable de
prendre une part énergique à l'action. Aussi trois noirs robustes
avaient la charge de tuer l'homme qui portait dans sa poche la clef
des fers, et d'aller aussitôt délivrer leurs compagnons enchaînés.
Ce jour-là, le capitaine Ledoux était d'une humeur charmante; contre
sa coutume, il fit grâce à un mousse qui avait mérité le fouet. Il
complimenta l'officier de quart sur sa manoeuvre, déclara à l'équipage
qu'il était content, et lui annonça qu'à la Martinique[1], où ils
arriveraient dans peu, chaque homme recevrait une gratification. Tous
les matelots, entretenant de si agréables idées, faisaient déjà dans
leur tête l'emploi de cette gratification, lorsqu'on fit monter sur le
pont Tamango et les autres conjurés.
[Footnote 1: la Martinique. See note on page 36.]
Ils avaient eu soin de limer leurs fers de manière qu'ils ne parussent
pas être coupés, et que le moindre effort suffît cependant pour les
rompre. D'ailleurs, ils les faisaient si bien résonner, qu'à les
entendre on eût dit qu'ils en portaient un double poids. Après avoir
humé l'air quelque temps, ils se prirent tous par la main et se
mirent à danser pendant que Tamango entonnait le chant guerrier de sa
famille[1], qu'il chantait autrefois avant d'aller au combat. Quand
la danse eut duré quelque temps, Tamango, comme épuisé de fatigue,
se coucha tout de son long aux pieds d'un matelot qui s'appuyait
nonchalamment contre les plats-bords du navire; tous les conjurés en
firent autant. De la sorte, chaque matelot était entouré de plusieurs
noirs.
[Footnote 1: Chaque capitaine nègre a le sien.--_Author's Note_.]
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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