Selections from Saint-SimonSaint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
History
Selections from Saint-Simon
Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de
France -- History -- Louis XIV, 1643-1715
En 1676, le Roi retourna en Flandres, prit Condé; et Monsieur Bouchain.
Les armées du Roi et du prince d’Orange s’approchèrent si près et si
subitement qu’elles se trouvèrent en présence, et sans séparation,
auprès de la cense d’Heurtebise[21]. Il fut donc question de décider
si on donneroit bataille, et de prendre son parti sur-le-champ.
Monsieur n’avoit pas encore joint de Bouchain, mais le Roi étoit sans
cela supérieur à l’armée ennemie. Les maréchaux de Schomberg[22],
Humières[23], la Feuillade[24], Lorges, etc., s’assemblèrent à cheval
autour du Roi, avec quelques-uns des plus distingués d’entre les
officiers généraux et des principaux courtisans, pour tenir une espèce
de conseil de guerre. Toute l’armée crioit au combat, et tous ces
Messieurs voyoient bien ce qu’il y avoit à faire; mais la personne du
Roi les embarrassoit, et bien plus Louvois, qui connoissoit son maître,
et qui cabaloit depuis deux heures que l’on commençoit d’apercevoir où
les choses en pourroient venir. Louvois, pour intimider la compagnie,
parla le premier, en rapporteur, pour dissuader la bataille. Le
maréchal d’Humières, son ami intime et avec grande dépendance, et le
maréchal de Schomberg, qui le ménageoit fort, furent de son avis. Le
maréchal de la Feuillade, hors de mesure avec Louvois, mais favori
qui ne connoissoit pas moins bien de quel avis il falloit être,
après quelques propos douteux, conclut comme eux. M. de Lorges[25],
inflexible pour la vérité, touché de la gloire du Roi, sensible au bien
de l’État, mal avec Louvois comme le neveu favori de M. de Turenne
tué l’année précédente, et qui venoit d’être fait maréchal de France
malgré ce ministre, et capitaine des gardes du corps, opina de toutes
ses forces pour la bataille, et il en déduisit tellement les raisons,
que Louvois même et les maréchaux demeurèrent sans repartie. Le peu de
ceux de moindre grade qui parlèrent après osèrent encore moins déplaire
à Louvois; mais ne pouvant affoiblir les raisons de M. le maréchal de
Lorges, ils ne firent que balbutier. Le Roi, qui écoutoit tout, prit
encore les avis, ou plutôt simplement les voix, sans faire répéter ce
qui avoit été dit par chacun, puis, avec un petit mot de regret de se
voir retenu par de si bonnes raisons, et du sacrifice qu’il faisoit de
ses desirs à ce qui étoit de l’avantage de l’État, tourna bride, et il
ne fut plus question de bataille.
[21] The farm of Urtebise, as it should be written.
[22] Frederick Hermann, Duke of Schomberg or Schönberg
(1618-1690), was by birth a German, but he served in the French
army for more than thirty years. After the revocation of the
Edict of Nantes he was allowed to retire to Portugal. In 1688 he
accompanied William of Orange to England, was created a Duke,
was made Commander-in-chief of the forces in Ireland, and was
killed at the battle of the Boyne. He is buried in St Patrick’s
Cathedral, Dublin.
Public-domain text, read in full here on John Shaqi.
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