première foiz que vous yrez ou moy, ainsi qu'il viendra, que vous dictes
que vous avez bien cogneu et apperceu que je suis amoureux d'elle, et
que vous m'avez veu entrer et vers elle venir, à telle heure, et ainsi
habillé; et que par la mort bieu, si vous m'y trouvez plus, vous me
tuerez tout roidde, quelque chose qui vous en doibve advenir. Et je
diray pareillement de vous, et nous verrons sur ce qu'elle fera et dira
et arons advis du surplus.--C'est très bien dit, et je le veil», dit le
premier venu. Comme il fut dit il en fut fait, car je ne scay quans
jours après, le derrenier venu eut son tour d'aller besoigner, si se
mist au chemin et vint au lieu assigné. Quand il se trouva seul avecques
la gouge, qui le receut très doulcement et de grand cueur, comme il
sembloit, il faindit, comme bien le savoit faire, une sure et matte
chère, et monstra semblant de courroux. Et elle, qui avoit accoustumé de
le voir tout aultre, ne sceut que penser; si luy demanda qu'il avoit et
que sa manière monstroit que son cueur n'estoit pas à son
aise.--«Vrayement, madamoiselle, dist-il, vous dictes vray, que j'ay
bien cause d'estre mal content et desplaisant; la vostre mercy
toutesfoiz que le m'avez pourchassé.--Moy, dist-elle. Hélas! non ay, que
je sache; car vous estes le seul homme en ce monde à qui je vouldroye
faire plus de plaisir, et de qui plus près me toucheroit l'ennuy et le
desplaisir.--Il n'est pas damné qui ne le croit, dit-il; et pensez-vous
que je ne me soye bien apperceu que vous entretenez ung tel, c'est
assavoir le premier venu. Si faiz, par ma foy, je l'ai trop bien veu
parler à vous à part; et que plus est, je l'ay espié et veu entrer
ceans. Mais par la mort bieu, si je l'y trouve jamais, son derrenier
jour sera venu, quelque chose qu'il en doyve ou puisse advenir; que je
souffrisse ne peusse veoir qu'il me fist ce desplaisir, j'aymeroye
mieulx à morir mille foiz, s'il m'estoit possible. Et vous estes aussi
bien desloyalle, qui savez certainement et de vray que, après Dieu, je
n'ayme rien tant que vous, qui à mon très grant prejudice le voulez
entretenir.--Ha! monseigneur, dit-elle, et qui vous a fait ce raport?
Par ma foy, je veil bien que Dieu et vous sachez que la chose va tout
aultrement, et de ce je le prens à tesmoignage qu'oncques en jour de ma
vie je ne tins termes à cestuy dont vous parlez, ne à aultre, quel qui
soit, tant que vous ayez tant soyt peu de cause d'en estre mal content.
Je ne veil pas nyer que je n'aye parlé et parle à luy tous les jours, et
à pluseurs aultres, mais qu'il y ait entretiennement, rien; ains tiens
que ce soit la maindre de ses pensées, et aussi, par Dieu, il se
abuseroit. Jà Dieu ne me laisse tant vivre que aultruy que vous ait une
part ne demye en ce qui est tout entière vostre.--Madamoiselle, dit-il,
vous le savez très bien dire, mais je ne suis pas si beste de le
croire.» Quelque malcontent qu'il y eust, il fist ce pourquoy il estoit
venu, et au partir luy dist: «Je vous ay dit et de rechef vous faiz