y ait aucun mistère; il est force que je le sache.» Ung jour entre les
aultres, qu'il estoit avecques sa dame à goguettes, et qu'ilz estoient
beaucoup dehet tous deux: «M'amye, dist-il, je vous requier que vous me
dictes la cause qui vous meut de moy tenir si grand rigueur quand je
vous veil baiser. Vous m'avez de vostre grace baillé la joyssance de
vostre beau et gracieux corps tout entièrement, et d'un petit baiser
vous me faictes le refus!--Par ma foy, mon amy, dit-elle, vous dictes
voir, le baiser vous ay refusé, et ne vous y attendez point, vous n'en
finerez jamais; et la raison y est bonne, si la vous diray: Il est vray,
quand j'espousay mon mary, que je luy promis de la bouche tant
seullement beaucop de belles choses. Et car ma bouche est celle qui luy
a juré et promis de luy estre bonne, je suis celle qui luy veil
entretenir, et ne souffreroye pour mourir qu'aultre de luy y touchast;
elle est sienne et à nul aultre; et ne vous attendez d'en rien avoir.
Mais mon derrière ne luy a rien promis ne juré; faictes de luy et du
surplus de moy, ma bouche hors, ce qu'il vous plaise; je le vous
habandonne.» L'autre commença à rire trèsfort, et dist: «M'amye, je vous
mercye, vous dictes trèsbien, et si vous sçay grand gré que vous avez la
franchise de bien garder vostre promesse.--Jà Dieu ne veille, dist-elle,
que je luy face faulte.» En la façon que avez oy fut ceste femme
abustinée: le mary avoit la bouche seullement, et son amy le surplus; et
si d'adventure le mary se servoit aucunes foiz des aultres membres, ce
n'estoit que par manière d'emprunt, car ilz estoient à son amy par le
don de sa dicte femme. Mais il avoit ceste advantage, que sa femme
estoit contente qu'il emprint sur ce qu'elle avoit donné à son amy; mais
pour rien n'eust souffert que l'amy eust joy de ce que à son mary avoit
donné.
LA XLIXe NOUVELLE.
PAR PIERRE DAVID.