bien party; et aussi d'aultre costé, par ma foy, pensez que je suis tout
entier vostre.--Je le sçay bien», dit elle. Et après ces offres
recommencèrent leurs armes de plus belle; et ce fait, le serviteur se
partit de léans. Le pouvre mary, qui tout avoit veu et oy, n'en povoit
plus, s'il n'enraigeoit tout vif; toutesfoiz, pour mieulx faire que
laisser, il avala ceste première, et au lendemain fist trèsbien son
personnage, faisant semblant qu'il vient de dehors. Et quand vint au
disner, il dist qu'il vouloit avoir au disner, dimenche prochain venant,
son père et sa mère, telz et telles de ses parens et cousines; et
qu'elle face garnison de vivres, et qu'ilz soient bien aises à ce jour.
Elle se chargea de ce faire et il de les inviter. Ce dimenche vint, le
disner fut prest, et ceulx qui mandez y furent comparurent, et print
chacun place comme leur hoste l'ordonnoit, qui estoit debout et sa femme
aussi, qui servirent du premier mes. Quand le premier mes fut assis,
l'oste, qui secrètement avoit fait faire une robe pour sa femme de gros
bureau gris, et à l'endroit du derrière fist mectre une pièce de bonne
escarlate, à manière de tasseau, dist à sa femme: «Venez jusques en la
chambre»; il se mect devant et elle le suyt. Quand ilz y furent, il luy
fist despoiller sa robe et va prendre celle de bureau dessusdicte et luy
dit: «Or vestez ceste robe.» Elle la regarde et voit qu'elle est de gros
bureau; si en est toute esbahie et ne scet penser qu'il fault à son
mary, ne pourquoy il la veult ainsi habiller. «Et à quel propos me
voulez-vous ainsi housser? dit-elle.--Ne vous chaille, dit-il, je veil
que vous la vestez.--Ma foy, dit elle, je n'en tien compte, je ne la
vestiray jamais. Faictes-vous du fol? Vous voulez-vous bien faire farcer
de vous et de moy devant tant de gens.--Il n'y a ne fol ne sage, dit
il, vous la vestirez.--Au mains, dit-elle, que je sache pour quoy.--Vous
le sarez, dit-il, cy après.» Pour abreger, force fut qu'elle endossast
ceste robe, qui estoit bien estrange à regarder. Et en ce point fut
amenée à la table, où la pluspart de ses amys et parens estoient. Mais
pensez qu'ilz furent bien esbahiz de la veoir ainsi habillée; et creez
qu'elle estoit bien honteuse; et si la force eust esté sienne, elle ne
fust pas là venue. Droit là fut bien qui demanda que signifioit cest
habillement. Et le mary respondit qu'ilz pensent trestous de faire bonne
chère, et que après disner ilz le sceroient. Mais vous devez savoir que
la bonne femme houssée du bureau ne mengea chose qui bien luy feist; et
luy jugeoit le cueur que le mistère de sa housserie luy feroit ennuy. Et
encore eust-elle esté plus troublée d'assez s'elle eust sceu du tasseau
d'escarlate; mais nenny. Le disner se passa, et fut la table ostée, les
grâces dictes, et chacun debout. Lors le mary se mect avant et commence
à dire: «Vous telz qui cy estes, s'il vous plaist, je vous diray en bref
la cause pourquoy j'ay vestu ma femme de cest habillement. Il est vray