que jà pieçà j'ay esté adverty que vostre fille qui cy est me gardoit
trèsmal la loyaulté qu'elle me promist en la main du prestre;
toutesfoiz, quelque chose que l'on m'ait dit, je ne l'ay pas creu
legerement, mais l'ay voulu esprouver; et qu'il soit vray, il n'y a que
six jours que je faindy d'aller dehors, et m'enbuschay en ma chambre là
hault. Je n'y eu guères esté que véezcy venir ung tel, que ma femme
mena tantost en sa chambre, où ilz firent ce que mieulx leur pleut.
Entre leurs aultres devises, l'homme luy demanda de sa bouche, de ses
yeulx, de ses mains, de son tetin, de son ventre, de son devant et de
ses cuisses, à qui tout ce bagage estoit. Et elle luy respondit: «A
vous, mon amy.» Et quand vint à son derrière, il luy dist: «Et à qui est
cecy, m'amye?--A mon mary», dist elle. Lors, pource que je l'ay trouvée
telle, je l'ay en ce point habillée: elle a dit que d'elle il n'y a rien
mien que le derrière, si l'ay houssé comme il appartient à mon estat; le
demourant ay-je houssé de vesture qui est deue à femme desloyale et
deshonorée, car elle est telle; je la vous rends.» La compaignie fut
bien esbahie d'oyr ce propos, et la pouvre femme bien honteuse. Mais
toutesfoiz, quoy qu'il fust, oncques puis avecques son mary ne se
trouva, ains deshonorée et reprouchée entre ses amys depuis demoura.
LA Le NOUVELLE.
PAR MONSEIGNEUR DE LA SALLE, PREMIER MAISTRE D'HOSTEL DE MONSEIGNEUR LE
DUC.
Comme jeunes gens se mettent à voyager et prennent plaisir à veoir et
sercher les adventures du monde, il y eut n'a guères au pays de Lannoys
le filz d'un laboureur qui fut depuis l'eage de dix ans jusques à l'eage
de vingt et six tousjours hors du pays; et puis son partement jusques à
son retour, oncque son père ne sa mère n'en eurent une seule nouvelle:
si pensèrent pluseurs foiz qu'il fust mort. Il revint après toutesfoiz,
et Dieu scet la joye qui fust en l'ostel, et comment il fut festoié à
son retour du tant pou de biens que Dieu leur avoit donné. Mais qui le
vit voluntiers et en fist grand feste, sa grand mère, la mère de son
père, luy faisoit plus grand chère et estoit la plus joyeuse de son
retour; elle le baisa plus de cinquante foiz, et ne cessoit de loer Dieu
qu'il leur avoit rendu leur beau filz et retourné en si beau point.
Après ceste grande chère, l'heure vint de dormir; mais il n'y avoit à
l'ostel que deux lictz: l'un estoit pour le père et la mère et l'autre
pour la grand mère. Si fut ordonné que leur filz coucheroit avecques sa
taye, dont elle fut joyeuse; mais il s'en fust bien passé, combien que
pour obéir il fut content de prendre la pacience pour ceste nuyt. Comme
il estoit couché avec sa taye, ne sçay de quoy il luy sourvint, il monta
dessus. «Et que veulz-tu faire? dit-elle.--Ne vous chaille, dit-il, ne
dictes mot.» Quand elle vit qu'il vouloit besoigner à bon escient, elle
commence de crier tant qu'elle peut après son filz, qui dormoit en la
chambre au plus près; si se leve de son lit et se va plaindre à luy de