Nous publions ainsi un texte de cet ouvrage remarquable qui est
entièrement nouveau, et qui en est probablement le seul bon texte
qu'aujourd'hui l'on puisse retrouver, et en même temps nous lui rendons
pour la première fois sa véritable place dans l'histoire littéraire du
quinzième siècle. Le livre des Cent Nouvelles Nouvelles n'est plus,
comme on croyoit autrefois, un souvenir de la visite du Dauphin de
France à la cour de Bourgogne. C'est un recueil de contes faits
probablement par Antoine de La Sale, auteur spirituel et bien connu, en
imitation des conteurs italiens, dont il avoit eu connoissance durant
son séjour à Rome. Notre auteur a composé son livre à la cour de
Bourgogne, sous le duc Philippe le Bon, qui, par un caprice sans doute,
a voulu qu'on mît les diverses nouvelles dans la bouche de ses
courtisans; car la forme de la collection, le style uniforme qui y règne
partout, les termes dans lesquels l'auteur en parle lui-même dans sa
dédicace, rendent très peu vraisemblable l'idée qu'il a voulu nous
rapporter une véritable scène de la vie intime de cette brillante cour.
On se trompe grandement si l'on croit que c'étoit seulement à la Cour de
Bourgogne qu'existoit l'usage d'égayer les loisirs de la vie féodale par
le récit de telles «nouvelles»; mais en Antoine de La Sale, en supposant
que ce recueil lui appartient, nous avons un des plus anciens, et, sous
beaucoup de rapports, le plus intéressant des vieux conteurs françois.
THOMAS WRIGHT.
[Décoration]
[Décoration]
A MON TRÈSCHIER ET TRÈSREDOUBTÉ SEIGNEUR MONSEIGNEUR LE DUC DE
BOURGOIGNE, DE BRABANT ETC.
_Comme ainsi soit qu'entre les bons et prouffitables passe-temps, le
trèsgracieux exercice de lecture et d'estude soit de grande et
sumptueuse recommendacion, duquel, sans flaterie, mon trèsredoubté
Seigneur, vous estes trèshaultement doé, Je, vostre trèsobéissant
serviteur, désirant, comme je dois, complaire à toutes vos trèshaultes
et trèsnobles intencions en façon à moy possible, ose et presume ce
present petit oeuvre, à vostre requeste et advertissement mis en terme
et sur piez, vous présenter et offrir; suppliant trèshumblement que
agréablement soit receu, qui en soy contient et tracte cent histoires
assez semblables en matère, sans attaindre le subtil et trèsorné
langage du livre de Cent Nouvelles. Et se peut intituler le livre de
Cent Nouvelles nouvelles. Et pource que les cas descriptz et racomptez
ou dit livres de Cent Nouvelles advindrent la pluspart ès marches et
metes d'Ytalie, jà long temps a, neantmoins toutesfoiz, portant et
retenant nom de Nouvelles, se peut trèsbien et par raison fondée en
assez apparente verité ce présent livre intituler de Cent Nouvelles
nouvelles, jà soit ce que advenues soient ès parties de France,
d'Alemaigne, d'Angleterre, de Haynau, de Brabant et aultres lieux; aussi
pource que l'estoffe, taille et fasson d'icelles est d'assez fresche
memoire et de myne beaucop nouvelle._
De Dijon, l'an M.IIII^{C}.XXXII.
[Décoration]