De même que la plupart de celles qui figurent dans toutes les
collections de contes, les Cent Nouvelles Nouvelles ne sont pas toutes
nouvelles. La collection de Boccace et celle du Pogge y ont certainement
contribué assez largement, et, des récits que notre auteur donne comme
des anecdotes contemporaines, plusieurs sans doute sont empruntés aux
fabliaux des treizième et quatorzième siècles. Cependant on a remarqué
avec justice que notre recueil se distingue de tous les autres par un
bon nombre d'histoires qu'on ne trouve dans aucun des recueils plus
anciens. Cette partie des Cent Nouvelles Nouvelles est sans doute la
plus intéressante, et paroît être composée d'anecdotes que l'auteur
savoit ou croyoit être arrivées dans la première moitié du quinzième
siècle. En revanche, nul conteur n'a été si généralement mis à
contribution par les compilateurs qui l'ont suivi que l'auteur des Cent
Nouvelles Nouvelles. J'ai déjà eu occasion de dire que la première
édition imprimée de ce recueil est sortie de l'imprimerie d'Antoine
Verard; elle date du mois de décembre 1486, et on peut supposer que la
publication fut accueillie assez favorablement, puisque Verard lui-même
l'a réimprimée. Cette seconde impression est sans date. Un autre
imprimeur parisien, Nicolas Desprez, a donné une troisième édition des
Cent Nouvelles Nouvelles, achevée d'imprimer le 3e jour de février 1505;
et une quatrième, sans date, porte le nom du célèbre imprimeur Michel Le
Noir. On connoît encore une édition de Paris, sans date, et une autre
imprimée à Lyon en 1532. Nous ne connoissons pas d'autre édition de cet
ouvrage avant le commencement du siècle dernier. Il fut imprimé à
Cologne, en 2 volumes in-12, avec des gravures d'après les dessins de
Romain de Hooge. Cette édition, qui porte la date de 1701, a été suivie
d'une autre imprimée à La Haye en 1733, et, comme l'autre, en 2
volumes. J'ai déjà dit que le texte original des Cent Nouvelles
Nouvelles est assez mal représenté par celui des éditions de Verard, qui
a été encore détérioré dans les éditions subséquentes; mais le texte de
celles de Cologne et de La Haye est détestable, et ces éditions n'ont
aucun intérêt littéraire; on les prise seulement pour les gravures.
Dans l'édition que nous offrons à nos lecteurs, nous avons reproduit
littéralement le texte du manuscrit de Glasgow, sauf quelques exceptions
rares. Le manuscrit est en général très correct; mais, de temps en
temps, l'écrivain a fait des omissions de quelques mots, et même de deux
ou trois lignes, en passant, par négligence, d'un mot dans une ligne au
même mot répété dans la ligne suivante ou deux ou trois lignes plus bas.
J'ai été obligé de suppléer à ces lacunes d'après le texte de Verard,
qui a été reproduit avec soin dans l'excellente édition de M. Le Roux de
Lincy. J'ai indiqué les variantes les plus importantes du texte de
Verard dans mes notes.