Mais, en comparant ainsi les manuscrits, une autre circonstance a fixé
mon attention. Les mots qui commençoient le second feuillet de
l'exemplaire appartenant aux ducs de Bourgogne sont identiques dans les
deux manuscrits (car je regarde le _celle_ de l'Inventaire comme une
simple erreur du compilateur), mais pas dans l'édition imprimée par
Verard, qui a changé un peu la phrase: «_le trouvoit qui se baignoit_
avec sa femme.» Nous devons conclure de cette conformité assez
importante dans le peu de mots conservés du manuscrit des ducs de
Bourgogne que le texte original des Cent Nouvelles Nouvelles est assez
exactement représenté dans le manuscrit de Glasgow, et par conséquent
que le texte de Verard et des éditions subséquentes est très imparfait
et très incorrect, car on n'a qu'à comparer quelques pages du texte de
notre manuscrit de Glasgow avec celui des éditions imprimées pour se
convaincre que le premier leur est très supérieur. Nous avons le droit
même de supposer que non-seulement Verard a tiré son texte d'un mauvais
manuscrit, mais encore qu'il l'a laissé imprimer avec beaucoup de
négligence; qu'on a continuellement changé les phrases qui sentoient le
dialecte picard plutôt que l'idiome parisien; qu'on a remplacé des
expressions vieilles ou triviales par d'autres plus modernes ou plus en
vogue; enfin, qu'on a fait des omissions assez considérables,
quelquefois par accident ou négligence, mais plus souvent pour abréger
le texte. Ces omissions deviennent beaucoup plus nombreuses et plus
importantes vers la fin de l'ouvrage qu'au commencement, et dans
l'édition de Verard, comparée avec le texte du manuscrit, le dernier
conte est abrégé presque d'un tiers. Le manuscrit de Glasgow nous permet
donc de donner le texte des Cent Nouvelles Nouvelles beaucoup plus
complet et plus correct que celui de toutes les éditions qui ont précédé
la nôtre.