Tout ce que dit son auteur, c'est qu'à la «requeste et advertissement»
du duc Philippe, il avoit composé «ce petit oeuvre» en imitation de la
collection italienne des _Cento Novelle_, qui, publiée au commencement
du quatorzième siècle, étoit devenue célèbre, et qui lui avoit donné
l'idée de limiter son recueil au même nombre de cent Contes et de lui
donner le titre de _Cent Nouvelles Nouvelles_. Il ajoute seulement que
ces Nouvelles Nouvelles ne sont pas arrivées, comme celles du conteur
italien, en Italie, mais «ès parties de France, d'Allemaigne,
d'Angleterre, de Haynault, de Brabant et autres lieux», et qu'elles sont
toutes «d'assez fresche mémoire». C'étoit sans doute pour plaire au duc
Philippe que l'auteur a mis les différents contes dans la bouche de lui
et des individus les plus familiers de sa maison. Nous savons, du reste,
que cette habitude de s'amuser en racontant de telles «nouvelles»
entroit profondément dans les moeurs du temps, et que Louis XI, qui y
avoit sans doute participé souvent à la cour de Bourgogne, dans sa
jeunesse, en avoit conservé l'habitude toute sa vie. Nous n'avons aucune
raison de supposer que les contes de notre recueil étoient véritablement
racontés par ceux dont les noms y sont attachés; mais le goût bien connu
de Louis XI pour ces contes, en général assez libres, et son long séjour
à la cour de Bourgogne, pouvoient faire croire à Antoine Verard que ce
roi étoit l'un des conteurs, celui qui se présente si souvent sous le
titre de Monseigneur, un titre que le Dauphin auroit porté en France;
mais, sans doute, il auroit été distingué en Bourgogne par le titre de
Monseigneur le Dauphin.
Je regarde cet ouvrage, donc, simplement comme un recueil de contes
composé à la cour de Bourgogne, à la «requeste», comme dit la dédicace,
de Philippe le Bon.