Qui en étoit l'auteur? Nous savons seulement qu'il s'attribue cinq de
ces Nouvelles, les 51e, 91e, 92e, 98e et 99e, et qu'ainsi il a dû être
attaché à la cour de Bourgogne. J'avoue que je me sens porté à partager
l'opinion émise par M. Le Roux de Lincy, que cet auteur est Antoine de
La Sale, déjà bien connu par deux ouvrages remarquables, le roman du
Petit Jehan de Saintré et les Quinze Joies de Mariage; et cette opinion
me paroît confirmée par une circonstance que M. Le Roux de Lincy n'a pas
observée: La Nouvelle cinquante est attribuée à monseigneur de La Sale,
et la cinquante-et-unième porte le nom de «l'acteur» (l'auteur). Comme
ses autres Nouvelles se présentent ensemble deux à deux, il me paroît
assez vraisemblable que l'auteur a voulu faire la même disposition ici,
et qu'ayant mis son nom à la première, il s'est contenté de se désigner
modestement dans les autres par le seul titre de «l'auteur».
«Monseigneur de La Sale» se désigne, en supposant que c'est lui qui a
composé cet ouvrage, par le titre de «premier maistre d'hostel de
monseigneur le duc». En effet, Antoine de La Sale, né en 1398, en
Bourgogne ou en Touraine, après un séjour en Italie (il étoit à Rome en
1422), s'établit en Provence, où il fut attaché à Louis III, comte
d'Anjou et de Provence, et nommé viguier d'Arles. Plus tard, La Sale
passa en Flandres, où il fut accueilli favorablement par le duc Philippe
le Bon. La date de son arrivée à la cour de Bourgogne n'est pas connue.
C'étoit probablement durant son séjour en Italie qu'il avoit eu
connoissance des _Cento Novelle_, ouvrage beaucoup plus ancien, dont la
compilation des Cent Nouvelles Nouvelles est (par le propre aveu de
l'auteur) une imitation, ainsi que des _Facéties_ du Pogge, dont
l'auteur des Cent Nouvelles Nouvelles a tiré plusieurs de ses récits, et
qui avoient dû être publiées tout récemment, quand La Sale étoit à Rome,
et du Decameron de Boccace. On trouve dans les Cent Nouvelles Nouvelles
quelques allusions historiques qui se rapportent principalement aux
temps des guerres entre les Armagnacs et les Bourguignons. La Nouvelle
soixante-deux raconte des circonstances de la conférence tenue en
juillet 1440, au château d'Oye, entre Calais et Gravelines; et la
Nouvelle quarante-deux commence par ces mots: «L'an cinquante derrenier
passé», d'où l'on peut conclure que ce livre a été composé dans
l'intervalle de 1450 à 1460, et probablement pas longtemps après la
première de ces années. Cette date s'accorde parfaitement avec celle des
autres ouvrages d'Antoine de La Sale; car la date des Quinze Joies est
rapportée à 1450, et celle du Petit Jehan de Saintré à 1459. Le premier
de ces deux ouvrages est cité directement dans les Cent Nouvelles
Nouvelles.